{"id":492,"date":"2016-10-19T11:12:33","date_gmt":"2016-10-19T09:12:33","guid":{"rendered":"https:\/\/gbindoun.com\/wpgb\/?page_id=492"},"modified":"2016-10-19T12:18:08","modified_gmt":"2016-10-19T10:18:08","slug":"peintures-2006","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/gbindoun.com\/archives\/galerie-oeuvres-peintures-art-brut-anne-marie\/peintures-2006\/","title":{"rendered":"Peintures 2006"},"content":{"rendered":"<h2>Les extractions d&rsquo;Anne-Marie Gbindoun<\/h2>\n<p>Il est plusieurs fa\u00e7ons de peindre. D&rsquo;aucuns projettent sur la toile Ieur perception du monde, en \u00ab\u00a0ajoutant\u00a0\u00bb cette perception \u00e0 la toile. D&rsquo;autres composent avec le vide inh\u00e9rent \u00e0 la toile, se fraient une place en son c\u0153ur translucide. D&rsquo;autres enfin s&rsquo;acharnent sur ce vide, le sarclent, le piochent et le b\u00eachent, pour en extraire d&rsquo;improbables moelles. Anne-Marie Gbindoun appartient \u00e0 cette esp\u00e8ce d&rsquo;extracteurs, hant\u00e9s par la ru\u00e9e sur le vide.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Elle \u00ab\u00a0flaire\u00a0\u00bb d&rsquo;abord le mat\u00e9riau avec lequel va s&rsquo;\u00e9laborer le projet qui la tourmente. C&rsquo;est une esp\u00e8ce d&rsquo;instinct aveugle qui la guide. La voil\u00e0\u0300 qui palpe ce support, le p\u00e9trit, le hume comme un fauve hume l&rsquo;herbe ardente de la savane. Sous la pulpe de ses longs doigts, sous ses paumes h\u00e9sitantes, elle explore la toile tendue, le papier kraft, la colle s\u00e9ch\u00e9e, ou ces grumeaux de pl\u00e2tre qui boursouflent certaines de ses toiles. Puis elle s&rsquo;en \u00e9loigne, m\u00e9dite, s&rsquo;ab\u00eeme dans l&rsquo;\u00e9trange torpeur propre aux visionnaires. Et brusquement, elle se jette sur ses pigments, ses pinceaux, ses \u00e9cuelles, empoigne une palette chatoyante de couleurs. C&rsquo;est qu&rsquo;elle cherche l&rsquo;instrument id\u00e9al, \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un chirurgien, mieux, d&rsquo;un obst\u00e9tricien pr\u00e9cipit\u00e9 dans l&rsquo;urgence. C&rsquo;est l&rsquo;instant clef, l&rsquo;acm\u00e9\u0301 de l&rsquo;attente anxieuse : une seule question se pose, comment ne pas \u00ab\u00a0peindre sur la toile\u00a0\u00bb, au nom du Ciel, mais y faire surgir masques, silhouettes et face \u00e0 face d\u00e9cisifs, enfouis au c\u0153ur du mat\u00e9riau initial ?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Il est donc \u00e9vident qu&rsquo;Anne-Marie Gbindoun ne peint pas. Elle extrait. Quoi ? Du minerai, de la texture, des formes, des couleurs, des visages en fractals, des sc\u00e8nes cach\u00e9es au sein des labyrinthes creus\u00e9s par son trait fougueux et tout cela raconte mille et une histoires, ch\u00e8re Sh\u00e9h\u00e9razade. Ses gestes somnambuliques ressemblent aux paroles des griots, \u00e0 la danse des derviches tourneurs, aux mouvements de poignet d&rsquo;obscurs calligraphes du Sichuan, \u00e0 la pens\u00e9e qui va aussi vite qu&rsquo;une Upanishad, C&rsquo;est une sp\u00e9cialiste du vide, de ses turgescences.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>S&rsquo;il vous prend, un de ces quatre, d&rsquo;aller pr\u00e9senter vos hommages aux derniers \u00ab b\u00e9b\u00e9s \u00bb d&rsquo;Anne-Marie Gbindoun, en son logis lausannois, vous tr\u00e9bucherez d&rsquo;abord sur les toiles achev\u00e9es ou en cours de r\u00e9alisation, couch\u00e9es \u00e0 m\u00eame le sol, appuy\u00e9es contre un mur, d\u00e9bordant dans la cuisine ou la chambre \u00e0 coucher, avant de d\u00e9boucher sur l&rsquo;atelier sacr\u00e9, \u00e9trange estuaire couvert de draps de plastique et habit\u00e9 d&rsquo;id\u00e9es folles. Et c&rsquo;est de plein fouet que vous recevrez chaque esquisse, chaque <em>work in progress<\/em>, comme une gifle. Et vous vous souviendrez alors de Pers\u00e9e, au bouclier miroir, en comprenant trop tard que vous auriez d\u00fb approcher cette \u0153uvre comme lui, \u00e0 la mani\u00e8re des \u00e9crevisses d&rsquo;Apollinaire, \u00e0 reculons, \u00e0 reculons. En vous pla\u00e7ant du point de vue du vide.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><em>G\u00e9rard Salem, juin 06<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les extractions d&rsquo;Anne-Marie Gbindoun Il est plusieurs fa\u00e7ons de peindre. D&rsquo;aucuns projettent sur la toile Ieur perception du monde, en \u00ab\u00a0ajoutant\u00a0\u00bb cette perception \u00e0 la toile. D&rsquo;autres composent avec le vide inh\u00e9rent \u00e0 la toile, se fraient une place en son c\u0153ur translucide. D&rsquo;autres enfin s&rsquo;acharnent sur ce vide, le sarclent, le piochent et le b\u00eachent, pour en extraire d&rsquo;improbables moelles. Anne-Marie Gbindoun appartient \u00e0 cette esp\u00e8ce d&rsquo;extracteurs, hant\u00e9s par la ru\u00e9e sur le vide. &nbsp; Elle \u00ab\u00a0flaire\u00a0\u00bb d&rsquo;abord le mat\u00e9riau avec lequel va s&rsquo;\u00e9laborer le projet qui la tourmente. C&rsquo;est une esp\u00e8ce d&rsquo;instinct aveugle qui la guide. La voil\u00e0\u0300 qui palpe ce support, le p\u00e9trit, le hume comme un fauve hume l&rsquo;herbe ardente de la savane. Sous la pulpe de ses longs doigts, sous ses paumes h\u00e9sitantes, elle explore la toile tendue, le papier kraft, la colle s\u00e9ch\u00e9e, ou ces grumeaux de pl\u00e2tre qui boursouflent certaines de ses toiles. Puis elle s&rsquo;en \u00e9loigne, m\u00e9dite, s&rsquo;ab\u00eeme dans l&rsquo;\u00e9trange torpeur propre aux visionnaires. Et brusquement, elle se jette sur ses pigments, ses pinceaux, ses \u00e9cuelles, empoigne une palette chatoyante de couleurs. C&rsquo;est qu&rsquo;elle cherche l&rsquo;instrument id\u00e9al, \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un chirurgien, mieux, d&rsquo;un obst\u00e9tricien pr\u00e9cipit\u00e9 dans l&rsquo;urgence. C&rsquo;est l&rsquo;instant clef, l&rsquo;acm\u00e9\u0301 de l&rsquo;attente anxieuse : une seule question se pose, comment ne pas \u00ab\u00a0peindre sur la toile\u00a0\u00bb, au nom du Ciel, mais y faire surgir masques, silhouettes et face \u00e0 face d\u00e9cisifs, enfouis au c\u0153ur du mat\u00e9riau initial ? &nbsp; Il est donc \u00e9vident qu&rsquo;Anne-Marie Gbindoun ne peint pas. Elle extrait. Quoi ? Du minerai, de la texture, des formes, des couleurs, des visages en fractals, des sc\u00e8nes cach\u00e9es au sein des labyrinthes creus\u00e9s par son trait fougueux et tout cela raconte mille et une histoires, ch\u00e8re Sh\u00e9h\u00e9razade. Ses gestes somnambuliques ressemblent aux paroles des griots, \u00e0 la danse des derviches tourneurs, aux mouvements de poignet d&rsquo;obscurs calligraphes du Sichuan, \u00e0 la pens\u00e9e qui va aussi vite qu&rsquo;une Upanishad, C&rsquo;est une sp\u00e9cialiste du vide, de ses turgescences. &nbsp; S&rsquo;il vous prend, un de ces quatre, d&rsquo;aller pr\u00e9senter vos hommages aux derniers \u00ab b\u00e9b\u00e9s \u00bb d&rsquo;Anne-Marie Gbindoun, en son logis lausannois, vous tr\u00e9bucherez d&rsquo;abord sur les toiles achev\u00e9es ou en cours de r\u00e9alisation, couch\u00e9es \u00e0 m\u00eame le sol, appuy\u00e9es contre un mur, d\u00e9bordant dans la cuisine ou la chambre \u00e0 coucher, avant de d\u00e9boucher sur l&rsquo;atelier sacr\u00e9, \u00e9trange estuaire couvert de draps de plastique et habit\u00e9 d&rsquo;id\u00e9es folles. Et c&rsquo;est de plein fouet que vous recevrez chaque esquisse, chaque work in progress, comme une gifle. 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