{"id":503,"date":"2016-10-19T11:18:27","date_gmt":"2016-10-19T09:18:27","guid":{"rendered":"https:\/\/gbindoun.com\/wpgb\/?page_id=503"},"modified":"2016-10-19T13:18:49","modified_gmt":"2016-10-19T11:18:49","slug":"peintures-2004-2005","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/gbindoun.com\/archives\/galerie-oeuvres-peintures-art-brut-anne-marie\/peintures-2004-2005\/","title":{"rendered":"Peintures 2004-2005"},"content":{"rendered":"<h2>Anne-Marie Gbidoun \u2013 Vertiges picturaux de l\u2019instinct vital<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Elle allait sombrer dans le plus irr\u00e9versible des n\u00e9ants\u00a0: celui d\u2019une enfance vol\u00e9e, meurtrie qu\u2019on a voulu effacer \u00e0 jamais lorsqu\u2019une puissance impr\u00e9vue, presque d\u00e9routante, est venue la chercher. Non pas de l\u2019ext\u00e9rieur, mais d\u2019une anfractusiot\u00e9 de son for int\u00e9rieur dont elle ignorait l\u2019existence et qui lui a dit en jaillissant au pire carrefour des destin\u00e9es\u00a0: \u00ab\u00a0Prends ce pinceau et fais un trait, retrouve ta voie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Depuis, Anne-Marie Gbindoun, une enfant du B\u00e9nin exil\u00e9e \u00e0 Paris puis \u00e9chou\u00e9e \u00e0 Lausanne, ne respire plus que par ce qu\u2019elle dessine, par ce qu\u2019elle peint. Ce n\u2019est pas elle qui est all\u00e9e \u00e0 l\u2019art, c\u2019est l\u2019art qui est venu \u00e0 elle. La voici investie d\u2019une confiance, d\u2019une nouvelle capacit\u00e9 \u00e0 se d\u00e9velopper toute seule, au d\u00e9fi du malheur \u2013 et sans vouloir pour autant chercher le bonheur \u00e0 tout prix. Qu\u2019est-ce que le bonheur en regard d\u2019un trait \u00e0 l\u2019encre de Chine qui rejoint un autre trait, qui en est poursuivi par d\u2019autres et participe peu \u00e0 peu \u00e0 l\u2019apparition d\u2019un faisceau, d\u2019une convergence de lignes qui toutes tendent vers un point qu\u2019on ne voit pas, qu\u2019on n\u2019atteindra peut-\u00eatre jamais. Mais qui existe. Qui est la clef de vo\u00fbte d\u2019une construction.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Aussi, lorsque Anne-Marie Gbindoun peint, ne fait-elle pas que peindre. Elle devient sculpteur, architecte, forgeron. Elle est fascin\u00e9e par le fer, le m\u00e9tal surtout quand il para\u00eet lisse. Parce qu\u2019elle en devine la fragilit\u00e9, l\u2019\u00e9lasticit\u00e9, la transparence. Du m\u00e9tal travaill\u00e9 au burin semble transpara\u00eetre dans quelques-uns de ses tableaux, qui ne sont faits pourtant que de papier, d\u2019encre, de couleurs acryliques vives mais mang\u00e9es par la nuit. Car plus elle assombrit ses coloris, comme chez Cha\u00efm Soutine qu\u2019elle admire tant \u2013 instinctivement d\u2019ailleurs \u2013 plus elle les charges d\u2019obscurit\u00e9s en forme de grilles superpos\u00e9es, et mieux l\u2019\u00e9lan vital peut sourdre des interstices du treillis, pour se mettre \u00e0 rayonner dans la caverne de Platon.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Quand Anne-Marie Gbindoun peint, elle bat le fer, le fait crier et lancer des \u00e9tincelles. C\u2019est aussi une mani\u00e8re forte d\u2019\u00e9crire, de r\u00e9\u00e9crire ce qu\u2019elle voit en elle-m\u00eame comme au dehors. Si elle a commenc\u00e9 \u00e0 dessiner et peindre sur du papier journal, c\u2019est parce qu\u2019elle n\u2019avait pas les moyens financiers de se procurer du papier v\u00e9lin\u2026 Mais du coup, elle est devenue palimpseste en couvrant de ses propres traits, de sa propre graphie, des \u00e9critures ant\u00e9rieures, ext\u00e9rieures. Quelle volupt\u00e9, quel vertige que de se sentir capable de r\u00e9\u00e9crire le monde sans la pr\u00e9tention de le refaire. On ne refait pas le monde ni sa vie. On ne refait rien\u00a0; \u00e9crire des formes, c\u2019est faire tout court.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<blockquote><p>ANNE-MARIE NE REVIT PAS, ELLE VIT.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><em>Gilbert Salem, printemps 2005<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Anne-Marie Gbidoun \u2013 Vertiges picturaux de l\u2019instinct vital &nbsp; Elle allait sombrer dans le plus irr\u00e9versible des n\u00e9ants\u00a0: celui d\u2019une enfance vol\u00e9e, meurtrie qu\u2019on a voulu effacer \u00e0 jamais lorsqu\u2019une puissance impr\u00e9vue, presque d\u00e9routante, est venue la chercher. Non pas de l\u2019ext\u00e9rieur, mais d\u2019une anfractusiot\u00e9 de son for int\u00e9rieur dont elle ignorait l\u2019existence et qui lui a dit en jaillissant au pire carrefour des destin\u00e9es\u00a0: \u00ab\u00a0Prends ce pinceau et fais un trait, retrouve ta voie.\u00a0\u00bb &nbsp; Depuis, Anne-Marie Gbindoun, une enfant du B\u00e9nin exil\u00e9e \u00e0 Paris puis \u00e9chou\u00e9e \u00e0 Lausanne, ne respire plus que par ce qu\u2019elle dessine, par ce qu\u2019elle peint. Ce n\u2019est pas elle qui est all\u00e9e \u00e0 l\u2019art, c\u2019est l\u2019art qui est venu \u00e0 elle. La voici investie d\u2019une confiance, d\u2019une nouvelle capacit\u00e9 \u00e0 se d\u00e9velopper toute seule, au d\u00e9fi du malheur \u2013 et sans vouloir pour autant chercher le bonheur \u00e0 tout prix. Qu\u2019est-ce que le bonheur en regard d\u2019un trait \u00e0 l\u2019encre de Chine qui rejoint un autre trait, qui en est poursuivi par d\u2019autres et participe peu \u00e0 peu \u00e0 l\u2019apparition d\u2019un faisceau, d\u2019une convergence de lignes qui toutes tendent vers un point qu\u2019on ne voit pas, qu\u2019on n\u2019atteindra peut-\u00eatre jamais. Mais qui existe. Qui est la clef de vo\u00fbte d\u2019une construction. &nbsp; Aussi, lorsque Anne-Marie Gbindoun peint, ne fait-elle pas que peindre. Elle devient sculpteur, architecte, forgeron. Elle est fascin\u00e9e par le fer, le m\u00e9tal surtout quand il para\u00eet lisse. Parce qu\u2019elle en devine la fragilit\u00e9, l\u2019\u00e9lasticit\u00e9, la transparence. Du m\u00e9tal travaill\u00e9 au burin semble transpara\u00eetre dans quelques-uns de ses tableaux, qui ne sont faits pourtant que de papier, d\u2019encre, de couleurs acryliques vives mais mang\u00e9es par la nuit. Car plus elle assombrit ses coloris, comme chez Cha\u00efm Soutine qu\u2019elle admire tant \u2013 instinctivement d\u2019ailleurs \u2013 plus elle les charges d\u2019obscurit\u00e9s en forme de grilles superpos\u00e9es, et mieux l\u2019\u00e9lan vital peut sourdre des interstices du treillis, pour se mettre \u00e0 rayonner dans la caverne de Platon. &nbsp; Quand Anne-Marie Gbindoun peint, elle bat le fer, le fait crier et lancer des \u00e9tincelles. C\u2019est aussi une mani\u00e8re forte d\u2019\u00e9crire, de r\u00e9\u00e9crire ce qu\u2019elle voit en elle-m\u00eame comme au dehors. Si elle a commenc\u00e9 \u00e0 dessiner et peindre sur du papier journal, c\u2019est parce qu\u2019elle n\u2019avait pas les moyens financiers de se procurer du papier v\u00e9lin\u2026 Mais du coup, elle est devenue palimpseste en couvrant de ses propres traits, de sa propre graphie, des \u00e9critures ant\u00e9rieures, ext\u00e9rieures. Quelle volupt\u00e9, quel vertige que de se sentir capable de r\u00e9\u00e9crire le monde sans la pr\u00e9tention de le refaire. On ne refait pas le monde ni sa vie. On ne refait rien\u00a0; \u00e9crire des formes, c\u2019est faire tout court. &nbsp; ANNE-MARIE NE REVIT PAS, ELLE VIT. &nbsp; &nbsp; Gilbert Salem, printemps 2005<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":13,"menu_order":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-503","page","type-page","status-publish","hentry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/gbindoun.com\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/503","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/gbindoun.com\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/gbindoun.com\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gbindoun.com\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gbindoun.com\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=503"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/gbindoun.com\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/503\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":519,"href":"https:\/\/gbindoun.com\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/503\/revisions\/519"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/gbindoun.com\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/13"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/gbindoun.com\/archives\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=503"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}