{"id":839,"date":"2022-09-07T13:40:50","date_gmt":"2022-09-07T11:40:50","guid":{"rendered":"https:\/\/gbindoun.com\/?page_id=839"},"modified":"2023-03-29T21:58:57","modified_gmt":"2023-03-29T19:58:57","slug":"oeuvres-2022-les-scarifications","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/gbindoun.com\/archives\/galerie-oeuvres-peintures-art-brut-anne-marie\/oeuvres-2022-les-scarifications\/","title":{"rendered":"Oeuvres 2022-2023 &#8211; Les scarifications"},"content":{"rendered":"<h2>Les 7 paroles du Christ<\/h2>\n<p>Dans notre tradition figurative, repr\u00e9senter la r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est s\u2019en tenir aux donn\u00e9es visuelles, c\u2019est-\u00e0-dire garder ses distances, reporter sur la feuille ou sur la toile les silhouettes, les p\u00e9riph\u00e9ries des corps, les ombres et les lumi\u00e8res telles qu\u2019elles nous apparaissent en vis-\u00e0-vis \u2013 une performance que la photographie accomplit exhaustivement. Tel n\u2019est \u00e9videmment pas le propos d\u2019Anne-Marie Agil\u00e9 Gbindoun. Non qu\u2019elle opte pour l\u2019abstraction, elle resserre m\u00eame le rapport au r\u00e9el. Son \u00ab objectif \u00bb \u2013 allais-je dire si le terme n\u2019\u00e9tait pas si mal choisi \u2013 c\u2019est, d\u2019abord, de visualiser les sensations tactiles, olfactives, gustatives, proprioceptives, qui interviennent prioritairement dans notre exp\u00e9rience, et qui sont ordinairement refoul\u00e9es par ce privil\u00e8ge de la vision : paradoxalement, faire voir ce qu\u2019on ne voit pas.<\/p>\n<p>La mani\u00e8re qu\u2019a la dessinatrice d\u2019occuper la surface en continuit\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 significative et suggestive. Elle pratique ce qu\u2019on appelle le \u00ab all over \u00bb : non pas l\u2019espace balis\u00e9 et compartiment\u00e9 qui \u00e9chelonne les corps et les soumet \u00e0 notre ma\u00eetrise projective, mais un milieu englobant, immersif, compromettant m\u00eame, qui nous fait perdre nos rep\u00e8res. L\u2019opposition du Moi et de l\u2019Autre se r\u00e9sout dans une corporalit\u00e9 anonyme, empathique, et d\u2019autant plus vive. On suit de dessin en dessin, comme dans une suite m\u00e9lodique, des intensit\u00e9s physiques et psychiques subtiles qui \u00e9chappent \u00e0 la verbalisation.<\/p>\n<p>Il faudrait \u00eatre fanatiquement cart\u00e9sien pour s\u2019en tenir au corps comme \u00e0 une \u00e9tendue mat\u00e9rielle. \u00ab Ce qu\u2019il y a de plus profond dans l\u2019homme, c\u2019est la peau \u00bb, dit Paul Val\u00e9ry, une formule qui a son corollaire dans ces compositions \u00e9pidermiques, pr\u00e9cis\u00e9ment : la peau, telle qu\u2019elle est sensibilis\u00e9e, activ\u00e9e, irradi\u00e9e, nous achemine au monde mental dans sa vertigineuse complexit\u00e9. La sensualit\u00e9 et la spiritualit\u00e9 s\u2019y r\u00e9concilient, pour ainsi dire, dans un rapport de r\u00e9versibilit\u00e9.<\/p>\n<p>On conna\u00eet la r\u00e9action de Dosto\u00efevski d\u00e9couvrant Le Christ mort de Holbein au Mus\u00e9e de B\u00e2le : \u00ab Savez-vous qu\u2019un croyant, en voyant ce tableau, peut perdre la foi ! \u00bb \u2013 c\u2019est une formule qu\u2019on peut inverser au contact (c\u2019est bien le mot) des dessins d\u2019Anne-Marie Agil\u00e9 Gbindoun.<\/p>\n<p><em>Michel Th\u00e9voz<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr \/>\n<h2><\/h2>\n<h2>Scarifications<\/h2>\n<p>Dans notre tradition figurative, repr\u00e9senter la r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est s\u2019en tenir aux donn\u00e9es visuelles, c\u2019est-\u00e0-dire garder ses distances, reporter sur la feuille ou sur la toile les silhouettes, les p\u00e9riph\u00e9ries des corps, les ombres et les lumi\u00e8res telles qu\u2019elles nous apparaissent en vis-\u00e0-vis \u2013 une performance que la photographie accomplit exhaustivement. Tel n\u2019est \u00e9videmment pas le propos d\u2019Anne-Marie Gbindoun. Non qu\u2019elle opte pour l\u2019abstraction, elle resserre m\u00eame le rapport au r\u00e9el. Son\u00a0 \u00ab\u00a0objectif\u00a0\u00bb \u2013 allais-je dire si le terme n\u2019\u00e9tait pas si mal choisi\u00a0\u2013 c\u2019est, d\u2019abord, de visualiser les sensations tactiles, olfactives, gustatives, proprioceptives, qui interviennent prioritairement dans notre exp\u00e9rience, et qui sont ordinairement refoul\u00e9es par ce privil\u00e8ge de la vision\u00a0: paradoxalement, faire voir ce qu\u2019on ne voit pas.<\/p>\n<p>La mani\u00e8re qu\u2019a la dessinatrice d\u2019occuper la surface en continuit\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 significative et suggestive. Elle pratique ce qu\u2019on appelle le \u00ab all over\u00a0\u00bb\u00a0: non pas l\u2019espace balis\u00e9 et compartiment\u00e9 qui \u00e9chelonne les corps et les soumet \u00e0 notre ma\u00eetrise projective, mais un milieu englobant, immersif, compromettant m\u00eame, qui nous fait perdre nos rep\u00e8res. L\u2019opposition du Moi et de l\u2019Autre se r\u00e9sout dans une corporalit\u00e9 anonyme, empathique, et d\u2019autant plus vive. On suit de dessin en dessin, comme dans une suite m\u00e9lodique, des intensit\u00e9s physiques et psychiques subtiles qui \u00e9chappent \u00e0 la verbalisation.<\/p>\n<p>Il faudrait \u00eatre fanatiquement cart\u00e9sien pour s\u2019en tenir au corps comme \u00e0 une \u00e9tendue mat\u00e9rielle. \u00ab Ce qu\u2019il y a de plus profond dans l\u2019homme, c\u2019est la peau \u00bb, dit Paul Val\u00e9ry, une formule qui a son corollaire dans ces compositions \u00e9pidermiques, pr\u00e9cis\u00e9ment\u00a0: la peau, telle qu\u2019elle est sensibilis\u00e9e, activ\u00e9e, irradi\u00e9e, nous achemine au monde mental dans sa vertigineuse complexit\u00e9. La sensualit\u00e9 et la spiritualit\u00e9 s\u2019y r\u00e9concilient, pour ainsi dire, dans un rapport de r\u00e9versibilit\u00e9 \u2013 on pourrait parler de sublimation si le terme n\u2019\u00e9tait pas aussi casse-pieds.<\/p>\n<p>Scarifications\u00a0: ce terme, lui, est bienvenu, de par son ambigu\u00eft\u00e9\u00a0: la scarification est tout \u00e0 la fois blessure et \u00e9criture, secret du corps et affiche sociale, souffrance et beaut\u00e9.<\/p>\n<p><em>Michel Th\u00e9voz<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les 7 paroles du Christ Dans notre tradition figurative, repr\u00e9senter la r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est s\u2019en tenir aux donn\u00e9es visuelles, c\u2019est-\u00e0-dire garder ses distances, reporter sur la feuille ou sur la toile les silhouettes, les p\u00e9riph\u00e9ries des corps, les ombres et les lumi\u00e8res telles qu\u2019elles nous apparaissent en vis-\u00e0-vis \u2013 une performance que la photographie accomplit exhaustivement. Tel n\u2019est \u00e9videmment pas le propos d\u2019Anne-Marie Agil\u00e9 Gbindoun. Non qu\u2019elle opte pour l\u2019abstraction, elle resserre m\u00eame le rapport au r\u00e9el. Son \u00ab objectif \u00bb \u2013 allais-je dire si le terme n\u2019\u00e9tait pas si mal choisi \u2013 c\u2019est, d\u2019abord, de visualiser les sensations tactiles, olfactives, gustatives, proprioceptives, qui interviennent prioritairement dans notre exp\u00e9rience, et qui sont ordinairement refoul\u00e9es par ce privil\u00e8ge de la vision : paradoxalement, faire voir ce qu\u2019on ne voit pas. La mani\u00e8re qu\u2019a la dessinatrice d\u2019occuper la surface en continuit\u00e9 est d\u00e9j\u00e0 significative et suggestive. Elle pratique ce qu\u2019on appelle le \u00ab all over \u00bb : non pas l\u2019espace balis\u00e9 et compartiment\u00e9 qui \u00e9chelonne les corps et les soumet \u00e0 notre ma\u00eetrise projective, mais un milieu englobant, immersif, compromettant m\u00eame, qui nous fait perdre nos rep\u00e8res. L\u2019opposition du Moi et de l\u2019Autre se r\u00e9sout dans une corporalit\u00e9 anonyme, empathique, et d\u2019autant plus vive. On suit de dessin en dessin, comme dans une suite m\u00e9lodique, des intensit\u00e9s physiques et psychiques subtiles qui \u00e9chappent \u00e0 la verbalisation. Il faudrait \u00eatre fanatiquement cart\u00e9sien pour s\u2019en tenir au corps comme \u00e0 une \u00e9tendue mat\u00e9rielle. \u00ab Ce qu\u2019il y a de plus profond dans l\u2019homme, c\u2019est la peau \u00bb, dit Paul Val\u00e9ry, une formule qui a son corollaire dans ces compositions \u00e9pidermiques, pr\u00e9cis\u00e9ment : la peau, telle qu\u2019elle est sensibilis\u00e9e, activ\u00e9e, irradi\u00e9e, nous achemine au monde mental dans sa vertigineuse complexit\u00e9. La sensualit\u00e9 et la spiritualit\u00e9 s\u2019y r\u00e9concilient, pour ainsi dire, dans un rapport de r\u00e9versibilit\u00e9. On conna\u00eet la r\u00e9action de Dosto\u00efevski d\u00e9couvrant Le Christ mort de Holbein au Mus\u00e9e de B\u00e2le : \u00ab Savez-vous qu\u2019un croyant, en voyant ce tableau, peut perdre la foi ! \u00bb \u2013 c\u2019est une formule qu\u2019on peut inverser au contact (c\u2019est bien le mot) des dessins d\u2019Anne-Marie Agil\u00e9 Gbindoun. Michel Th\u00e9voz &nbsp; Scarifications Dans notre tradition figurative, repr\u00e9senter la r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est s\u2019en tenir aux donn\u00e9es visuelles, c\u2019est-\u00e0-dire garder ses distances, reporter sur la feuille ou sur la toile les silhouettes, les p\u00e9riph\u00e9ries des corps, les ombres et les lumi\u00e8res telles qu\u2019elles nous apparaissent en vis-\u00e0-vis \u2013 une performance que la photographie accomplit exhaustivement. Tel n\u2019est \u00e9videmment pas le propos d\u2019Anne-Marie Gbindoun. Non qu\u2019elle opte pour l\u2019abstraction, elle resserre m\u00eame le rapport au r\u00e9el. 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L\u2019opposition du Moi et de l\u2019Autre se r\u00e9sout dans une corporalit\u00e9 anonyme, empathique, et d\u2019autant plus vive. On suit de dessin en dessin, comme dans une suite m\u00e9lodique, des intensit\u00e9s physiques et psychiques subtiles qui \u00e9chappent \u00e0 la verbalisation. Il faudrait \u00eatre fanatiquement cart\u00e9sien pour s\u2019en tenir au corps comme \u00e0 une \u00e9tendue mat\u00e9rielle. \u00ab Ce qu\u2019il y a de plus profond dans l\u2019homme, c\u2019est la peau \u00bb, dit Paul Val\u00e9ry, une formule qui a son corollaire dans ces compositions \u00e9pidermiques, pr\u00e9cis\u00e9ment\u00a0: la peau, telle qu\u2019elle est sensibilis\u00e9e, activ\u00e9e, irradi\u00e9e, nous achemine au monde mental dans sa vertigineuse complexit\u00e9. La sensualit\u00e9 et la spiritualit\u00e9 s\u2019y r\u00e9concilient, pour ainsi dire, dans un rapport de r\u00e9versibilit\u00e9 \u2013 on pourrait parler de sublimation si le terme n\u2019\u00e9tait pas aussi casse-pieds. Scarifications\u00a0: ce terme, lui, est bienvenu, de par son ambigu\u00eft\u00e9\u00a0: la scarification est tout \u00e0 la fois blessure et \u00e9criture, secret du corps et affiche sociale, souffrance et beaut\u00e9. 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